Les problèmes de dépistage
Comment surmonter votre gêne? Beaucoup d'adultes à qui incombe la responsabilité de jeunes enfants sont issus de foyers où le sexe était un sujet tabou. Or, la société actuelle accorde beaucoup d'importance au sexe; il faut donc supposer que nos enfants sont plutôt renseignés sur le sujet. Nous pouvons par exemple prendre le risque de considérer le comportement sexuel et le vocabulaire des enfants comme la marque des temps modernes et de ne pas nous en préoccuper. Nous pouvons aussi envier leur supposée «ouverture d'esprit» et la comparer avantageusement à notre propre enfance plutôt « étouffée ».
Les enfants d'aujourd'hui ont plus facilement accès à l'information sur le sexe, mais il est aussi vrai qu'ils sont exposés à la désinformation. Ils sont en outre soumis à une plus grande pression des médias et de la société en général en ce qui concerne la sexualité. Pour aider les enfants en difficulté, nous devons fonder nos décisions sur des faits et non pas sur des fictions.
Afin de distinguer l'agressivité sexuelle de la simple curiosité, nous devons connaître le développement sexuel normal des enfants. Par exemple, il y a un monde entre deux enfants qui baissent leur culotte pour regarder le sexe de l'autre et un enfant qui insère de force un crayon dans l'anus d'un autre enfant.
Après la naissance, certains des changements suivants surviennent, à peu près à l'âge mentionné:
2 ans ½: Les enfants commencent à remarquer que les garçons et les filles s'y prennent différemment pour uriner. Les uns peuvent tenter de copier la manière des autres. Ils s'intéressent aux différences physiques.
4 ans: Les enfants s'amusent à «montrer». Ils peuvent parler «toilette» et se traiter de «caca». Lorsqu'ils rendent visite à des amis, ils peuvent être attirés par les salles de bain étrangères. Ils peuvent mimer les activités de papa et maman.
5 ans: Les enfants deviennent plus modestes et demandent une certaine intimité.
6 ans: Les enfants commencent à exiger des réponses pratiques concernant la différence entre les sexes. Ils veulent savoir d'où viennent les bébés et comment ils sont conçus. Les parents devraient donner aux enfants des explications courtes et concrètes qui n'en imposent pas trop à leur capacité d'écouter. À cet âge, les enfants sont aussi plus curieux de la mort.
7 ans: L'intérêt envers le sexe est généralement moindre.
8 ans: Un intérêt renouvelé vis-à-vis du sexe prend la forme de blagues grossières, de rimettes sexuelles, de ricanements et de chu-chotements provocants. Les enseignants de troisième année sont souvent inondés de petits mots disant «Jean aime Marie».
9 ans: Les enfants échangent des renseignements à caractère sexuel avec des amis du même sexe. Ils peuvent aussi chercher dans les livres des renseignements concernant les organes sexuels et leur fonctionnement.
10 ans: Certaines filles et quelques garçons auront atteint la puberté à 10 ans. Les enfants montrent alors un intérêt marqué pour l'autre sexe. Le goût des blagues grossières s'accroît; celles-ci seront d'ailleurs plus élaborées que les blagues qui circulaient à 8 ans.
Il n'y a pas lieu de s'alarmer si les enfants sautent des étapes. Tous les enfants sont différents et se développent à des rythmes différents. Les étapes décrites plus haut sont générales et constituent simplement des lignes directrices permettant de juger à prime abord si le comportement d'un enfant est normal ou non.
Les pertubations
L'exposition constante à des vidéocassettes ou des revues pornographiques. Le matériel pornographique est très nuisible lorsque les enfants sont forcés de le regarder. Il peut aussi être néfaste s'il est laissé à des endroits où les enfants ne manqueront pas de le trouver.
Un comportement sexuel devant les enfants. Le fait que les enfants doivent assister aux ébats sexuels de la gardienne avec un ami, par exemple, peut s'avérer une expérience nocive. Cependant, les parents ne devraient pas s'inquiéter si l'enfant fait irruption accidentellement pendant qu'ils font l'amour. La différence réside dans le fait que l'enfant n'a pas à regarder et que le geste peut lui être expliqué de manière à le rassurer.
Des attitudes sexuelles irrespectueuses et une utilisation fréquente de langage et de sous-entendus à caractère sexuel peuvent inciter les enfants à s'imposer et à être insensibles aux autres.
Le non-respect, par les prestateurs de soins, de l'intimité ou de l'espace vital des enfants. Ceux-ci peuvent grandir sans savoir que les autres ont besoin d'intimité et ont un «espace corporel».
La violence sexuelle directe. Les enfants directement soumis à la violence sexuelle sont plus susceptibles de souffrir de troubles du comportement. En effet, la violence sexuelle force les enfants à expérimenter des actes sexuels à un moment où ils ne sont pas prêts physiquement ni psychologiquement.
Les enfants victimes de violence sexuelle ou soumis à des assiduités non désirées peuvent modifier leur comportement de plusieurs manières:
Ils adoptent parfois des comportements passifs comme les craintes nocturnes, la peur des vestiaires scolaires, la dépression, l'échec scolaire et l'isolement vis-à-vis de leurs amis et de leurs activités.
Certains font preuve d'agressivité: batailles, cruauté à l'égard de leur animal favori, pyromanie et harcèlement sexuel à l'endroit d'autres enfants.
Bien qu'il existe de nombreuses preuves que les enfants victimes de violence sexuelle harcèlent à leur tour d'autres enfants, leur motivation n'est pas claire. Le bon sens voudrait que les enfants agressés tentent d'éviter la répétition d'un geste effrayant et dégoûtant. Malheureusement, «le bon sens» peut facilement nous induire en erreur.
Dans plusieurs cas, les enfants molestés répètent le scénario qui a fait d'eux des victimes, tentant de comprendre ce qui s'est passé. Par exemple, un garçon peut avoir été forcé d'avoir une relation sexuelle orale avec un garçon plus âgé. L'acte peut à la fois l'avoir effrayé, embarrassé et excité sexuellement. La répétition du geste avec un garçon plus jeune comme victime lui donne un nouveau rôle, il devient maître de la situation. La peur et l'anxiété sont moins grandes, il comprend mieux le désir du garçon plus âgé.
Quand les enfants reprennent l'expérience qui a fait d'eux des victimes, ils posent un geste appelé «compulsion de répétition». Nous voyons comment fonctionne cette compulsion lorsque l'enfant de parents alcooliques épouse une personne alcoolique ou devient lui même alcoolique. Les garçons molestés deviennent fréquemment des agresseurs, alors que les filles gardent leur rôle de victimes.
Les garçons sont souvent gênés d'admettre qu'ils ont été des victimes; faire subir de la violence sexuelle à un autre enfant peut donc constituer un appel à l'aide. Parfois, les garçons admettent avoir agressé sexuellement un enfant avant d'admettre qu'ils sont eux-mêmes des victimes.
Les filles n'adoptent pas aussi souvent que les garçons le rôle d'agresseur. Les recherches montrent que celles qui le font ont un long passé de violence sexuelle extrême.
La « compulsion de répétition » n'est pas inévitable. Elle n'est qu'une des façons par laquelle les enfants tentent de s'adapter aux mauvais traitements. Règle générale, plus l'enfant se sent à l'aise lorsqu'il raconte les faits dont il a été victime, moins il sera susceptible d'exercer lui-même un harcèlement sexuel. Dans les familles où l'on attend des garçons stoïcisme et autonomie, le passage à l'acte est plus probable.
En ne permettant pas aux garçons d'admettre leur sentiment d'impuissance, nous créons des situations qui ne laissent place qu'à des sentiments de colère et de violence.
La plus importante chose à dire aux enfants, et plus particulièrement aux garçons, est « Parles-en ».
Comment agir avec les enfants qui font subir de la violence sexuelle aux autres enfants?
Il faut toujours voir les enfants agresseurs avec compassion. Si leur comportement nous répugne, nous sommes tentés de nous en éloigner et de les traiter en boucs émissaires en les affublant de mots comme «criminels» ou «jeunes dévergondés». Or, ces enfants ont autant besoin d'aide que leurs victimes et vous devriez les signaler aux services sociaux ou à la police.
je suis content qu'il nous en ait parlé parce qu'il semblait réellement mal heureux sans que nous sachions pourquoi. Maintenant que nous connaissons la cause, nous pouvons l'aider.
Bon nombre d'entre eux, aux questions qu'on leur pose, admettent avoir eux-mêmes été victimes d'un adolescent ou d'un adulte agresseur. Les travailleurs sociaux doivent protéger les enfants agresseurs tout autant que leurs victimes, parce qu'ils sont toujours vulnérables à la violence sexuelle d'agresseurs plus âgés.
Si les enfants agresseurs sont âgés de douze ans et plus, ils peuvent être mis en accusation en vertu de la Loi sur les jeunes contrevenants. Le juge peut prendre en considération leur jeune âge et les mettre en probation avec counselling obligatoire s'ils sont reconnus coupables.
Le juge se fie souvent à l'expérience et au témoignage des travailleurs sociaux et des policiers pour faire la différence entre des enfants qui en sont à leurs premières infractions et les adolescents plus âgés qui sont violents par habitude. Ces derniers peuvent être aussi dangereux que les contrevenants adultes.
Oui. Les enfants qui se défoulent dans une sexualité agressive sans qu'on les arrête font du tort non seulement à d'autres enfants, mais aussi à eux-mêmes. Parce que les liens qu'ils établissent avec les autres enfants ont un caractère sexuel, ils se privent de la chance de tisser de véritables liens d'amitié. Les enfants que mine une culpabilité secrète ne peuvent généralement être ouverts aux autres.
À moins d'une intervention extérieure permettant de dévoiler le secret, l'enfant qui agresse sexuellement d'autres enfants risque de devenir sexuellement dépendant. Une sensation de pouvoir sur les autres, combinée à l'excitation sexuelle, peut être extrêmement gratifiante, particulièrement parce qu'elle compense une pauvre estime de soi. Plus les activités sexuelles se prolongent, plus elles entraînent la dépendance. Si elles persistent au cours de l'adolescence, il devient très difficile de les faire cesser.
Il arrive qu'un adolescent ou un adulte soit indécent avec un enfant qui reprend alors le même comportement avec d'autres enfants. Il peut y avoir un effet d'entraînement, les jeunes victimes initiant encore plus d'enfants à une activité sexuelle. Si cela se produit dans une école ou dans le voisinage, la situation peut sembler à prime abord sans espoir. Mais il n'en est rien.
Trouvez la source première du désordre. Par exemple, repérez l'enfant sexuellement agressé par un adulte et traitez son traumatisme.
Identifiez les victimes indirectes, c'est-à-dire les victimes de la victime immédiate. Avisez les services sociaux, les policiers et les conseillers en matière de violence sexuelle, qui eux sauront répondre aux besoins des enfants. Les victimes indirectes auront peut-être moins longtemps besoin de consultation si elles ont subi un traumatisme moindre que la victime immédiate.
Voici une étude de cas qui illustre la question : un adolescent, contrevenant sexuel, laisse des revues pornographiques en des endroits stratégiques dans un sentier derrière une école primaire. Lorsqu'il repère une victime potentielle parcourant la revue, il survient et lui demande si elle aimerait savoir vraiment ce qu'est le sexe. La victime potentielle, qui vit dans l'insécurité, est solitaire et ravie d'obtenir un peu d'attention; elle accepte. Le contrevenant a une relation sexuelle orale avec elle. Il fait de même avec deux ou trois autres garçons. Il convainc même ses victimes qu'elles font partie d'un club et partagent une activité antisociale audacieuse.
un bon conseiller peut vous aider à exprimer vos sentiments.
À ce point, la pression exercée par les pairs prend le dessus, et le club de « sexe oral », fonctionne maintenant avec ou sans son fondateur. Au fond d'eux-mêmes tous les membres sont honteux de leurs gestes, mais leur bravade masculine les force à prétendre qu'ils s'amusent. La pression des pairs les empêche de reculer.
Avec le temps, un voisin repère le club en action et appelle les policiers, lesquels en identifient rapidement tous les membres. Un des policiers parle aux garçons du respect de leur corps et de celui des autres. Le policier leur répète « Si ce n'est pas à toi, n'y touche pas », renforçant ainsi le message de base du programme de prévention de l'école.
Le policier informe alors les services sociaux. Un travailleur social visite chaque foyer et informe les parents. Les garçons peuvent être adressés à un conseiller en matière de violence sexuelle qui les aidera à trouver les mots permettant de décrire exactement leurs sentiments.
Le travailleur social communique avec le directeur de l'école qui demande au personnel enseignant d'incorporer des exemples de cette nature, et non pas le cas précis, au programme de prévention de la violence sexuelle.
Le « club de sexe oral » cesse son existence et les enfants sont en mesure de reprendre leurs vies d'enfants normaux.
La police interroge le contrevenant adolescent et peut porter des accusations.
Découvrir que votre enfant a agressé sexuellement un autre enfant peut être l'expérience la plus difficile que vous aurez à affronter. La plupart des parents se retrouvent d'abord en état de choc, puis ils traversent une période de dénégation pendant laquelle ils tentent de prétendre qu'il ne s'est rien passé. Pendant un certain temps, ils ont le vertige tellement leurs émotions sont étranges et contradictoires.
Le conseiller de votre enfant devrait être spécialisé dans le traitement de la violence sexuelle infantile et posséder une bonne connaissance du comportement de la victime et de l'agresseur.
Le conseiller aidera votre enfant à accomplir trois choses importantes :
Se pencher sur son comportement violent et sur ses antécédents possibles de violence sexuelle.
Modifier ses attitudes erronées et sa mauvaise estime de soi qui sont à la base du passage à l'acte.
Développer des attitudes sexuelles saines.
Avec votre aide, la crise peut devenir l'occasion d'un changement et d'une saine croissance.
Le développement sexuel des enfants se fait à leur propre rythme et à leur manière, à condition qu'il n'y ait aucune perturbation. Parents et enseignants ont un rôle crucial à jouer dans le dépistage des cas d'agression sexuelle d'enfants par d'autres enfants et dans le soutien nécessaire aux enfants. Votre pire crainte serait sans doute que l'enfant indécent devienne un contrevenant sexuel à l'âge adulte. Ce n'est pas là l'issue nécessaire. Plus les conseillers sont en mesure d'aider les enfants à parler de leur comportement, plus les risques de récidive s'amenuisent.