Depuis les années 50, nous
assistons à un véritable engouement pour le corps, sa présentation et son
apparence. Adolescentes et jeunes femmes adultes constituent le groupe d’âge le
plus vulnérable à cette sur-valorisation du corps, probablement parce qu’elles
sont au centre, dans la culture occidentale et nord-américaine, de pressions
énormes pour développer et maintenir un corps longiligne, parfaitement
proportionné. A cet âge ou on apprend encore à résoudre des problèmes et ou l’on
découvre toutes sortes d’anxiétés, la tentation est grande, pour se sentir
confortable le plus rapidement possible, de se conformer aux exigences sociales,
même déraisonnables. Et quand il semble que toute la vie, son estime de soi, son
acceptation, ses réussites et son bonheur, déprendront principalement du poids
ou de l’apparence physique, la boulimie et l’anorexie peuvent alors se
présenter comme étant des solutions intéressantes. Elles sont cependant très
risquées pour la santé physique et psychologique de l’individu.
La boulimie
nerveuse
Apparue en masse vers la fin des années 70, la
boulimie est actuellement la forme la plus populaire et la plus fréquente des
troubles de l’alimentation. Elle semble exercer un attrait particulier sur les
16-24 ans, très souvent de poids normal (à l’instar des anorexiques), pour des
raisons encore inconnues. L’envie très forte, répétitive, souvent irrésistible
de manger excessivement ou de se goinfrer de nourriture les plus diverses,
suivie de vomissements, de l’emploi de laxatifs ou de diurétiques, caractérisent
le syndrome boulimique.
L’anorexie nerveuse
Elle
débute le plus souvent entre 12 et 18 ans et se caractérise par une perte de
poids importante consécutive à un état de sous-alimentation aigu ou chronique
relié à une crainte plus ou moins avouée et consciente d’être trop grosse. Même
quand l’ano-rexique est devenue cadavérique, il peut arriver qu’elle se perçoive
encore comme étant trop grosse ! Vomissements, purgations et exercices physiques
ex-agérés sont aussi des méthodes accessoires de contrôle de poids parfois
utilisés par l’anorexique.
Les incovénients, les
risques
La façon de faire "boulimique" ou "anorexique" peut
apparaître attirante au départ, mais elle conduit généralement à une situation
désastreuse à moins de retrouver rapidement un comportement alimentaire normal.
Celle qui restreint systématiquement son apport de nourriture, celle qui vomit,
se purge, ou fait de l’exercice à outrance, doit le faire indéfiniment sinon les
craintes vis-a-vis le poids ou l’apparence réapparaissent en vrac. Pour cette
raison, boulimiques et anorexiques auront tendance à poursuivre un comportement
qui occupera de plus en plus de place dans leur vie et, ce faisant, elles
mettront de côté les intérêts et soucis habituels de l’existence. L’alimentation
devient alors le centre d’intérêt de la vie et non plus les relations
interpersonnelles, la famille, les enfants, l’emploi ou la carrière.
Vomir : ça fait perdre des
calories?
Oui, si on a l’esprit tordu, en raisonnant qu’une partie de la nourriture
n’est pas absorbée... La réponse la plus exacte devrait cependant être ¨non¨,
car les vomissements ne parviennent pas à nettoyer l’estomac de toutes les
calories. Et c’est pour cela que la répétition de crise de gloutonnerie ou les
excès alimentaires suivis de vomissements peuvent conduire en fait à une
augmentation du poids.
Et les laxatifs?
L’emploi de laxatifs est une méthode totalement inefficace de prévenir
l’absorption de calories. La raison en est fort simple: ils agissent au niveau
du côlon, après que les calories aient été bien absor-bées dans l’intestin
grêle.
La croyance que les laxatifs ont un "bon effet" provient du fait
qu’initialement ils causent une perte d’eau de l’organisme, laquelle se traduit
par un abais-sement rapide du poids. Mais l’organisme, pour contrecarrer la
manoeuvre, réagit immédiatement en em-pêchant l’eau de l’organisme d’être évacué
et, à la fin, on se retrouve avec un poids plus élevé qu’avant la prise de
laxatifs.
Pire encore, les laxatifs à doses élevées peuvent entraîner la mort.
Et les diurétiques ?
Il n’est pas rare de rencontrer des jeunes filles qui croient pouvoir
modifier leur apparence par la prise de diurétiques. Bien à tort, car
l’organisme ré-
agit par une rétention de l’eau qui ne peut être contrée que par la prise
continue des diurétiques. Dès leur cessation, le corps retrouve son poids d’eau
normal.
D’autres inconvénients ?
Irritabilité, fatigue, culpabilité, dépression, idées suicidaires...
Destruction partielle de l’émail des dents. Gonflement du cou (parotidites)...
constipation... arythmie ou arrêt cardiaque.
Comment faire?
Quand les vomissements sont contrôlés, les crises de gloutonnerie cessent
généralement, même si l’envie de continuer les excès persiste. L’objectif
premier est la cessation des vomissements. Tout au long du traitement,
psychiatres, pédiatres et omnipra-ticiens devront plusieurs fois rappeler à la
personne anorexique, boulimique, ou à la famille, qu’il est illusoire de penser
qu’elle peut retrouver un état normal tout en continuant diètes ou vomissements.
Le but ul-time des interventions sera d’affranchir l’anorexique et la boulimique
de la nourriture ou, dit autrement, de l’aider à reconnaître graduellement
qu’elle peut man-ger avec modération de n’importe quelle nourriture sans gain de
poids dramatique.
Luc Morin, M.D.