Les contraceptifs oraux et la prise de poids chez l’adolescente :
folklore ou réalité?
Objectif
Évaluer si la prise de contraceptifs oraux (CO) par les adolescentes est associée à un changement des paramètres corporels, tels que le poids, l’indice de masse corporelle [IMC], le pourcentage de graisse corporelle, le profil lipidique et la tension artérielle.
Conception
Étude de cohorte prospective.
Contexte
The Penn State Young Women’s Health Study, menée de 1990 à 1999 dans une école publique de Pennsylvanie.Participantes
Parmi 112 adolescentes de race blanche recrutées en 1990 alors qu’elles étaient en bonne santé, prépubères et âgées de 12 ans en moyenne, 78 ont été suivies jusqu’à l’âge de 21 ans. Parmi celles-ci, 12 ont été exclues en raison d’une exposition aux CO pour une période inférieure à six mois, d’une prise irrégulière ou de l’utilisation d’un progestatif injectable. La cohorte a donc été constituée de 66 jeunes femmes, dont 39 (59 %) qui ont utilisé des CO pendant une période supérieure à six mois et 27 (41 %) qui n’ont jamais été exposées aux CO.Principales mesures des résultats
Le profil anthropométrique (poids, taille, indice de masse corporelle, pourcentage graisse corporelle, pourcentage de masse corporelle maigre) a été mesuré tous les six mois pendant les quatre premières années et annuellement par la suite, sur une période totale de neuf ans. Le profil des facteurs de risque cardiovasculaire (cholestérol total, LDL, HDL, triglycérides, tension artérielle) a été mesuré chaque année entre 16 et 21 ans. De plus, entre 12 et 18 ans, les jeunes femmes ont rempli chaque année un questionnaire sur leurs activités sportives.Résultats
Après ajustement en fonction de l’IMC à 12,5 ans et du score cumulatif des activités sportives pendant six ans, la variation temporelle de la taille, du poids, de l’IMC et du pourcentage de graisse corporelle entre 12,5 et 21 ans a été semblable chez les jeunes femmes qui ont utilisé un CO et chez celles qui n’en ont pas utilisé. Cependant, entre 16 et 21 ans, les utilisatrices de CO ont eu une augmentation significativement plus élevée des taux de cholestérol total, de LDL et de triglycérides que les non-utilisatrices. Les variations des HDL, de l’indice athérogénique (cholestérol total/HDL) et de la tension artérielle ont été semblables dans les deux groupes.
Conclusion
L’utilisation des CO chez l’adolescente n’est pas associée à un gain pondéral ou à un changement sur le plan de la composition adipeuse corporelle. Le bilan lipidique est par contre moins favorable lors de la prise de CO, mais les conséquences cliniques à long terme des différences observées demeurent inconnues.
Aux États-Unis, les deux tiers des jeunes filles de 16 ans sont actives sexuellement. Pourtant, seulement 46 % d’entre elles utilisent des CO. Quatre femmes sur 10 affirment que la principale raison de cesser la prise de CO ou de l’éviter est la crainte d’un gain pondéral 1. Cette croyance pourrait être à l’origine d’un bon nombre de grossesses non désirées, surtout chez les adolescentes.
Sur le plan théorique, une stimulation de l’appétit due à un effet androgénique du CO est plausible durant les premiers mois d’utilisation, mais cet effet disparaît habituellement à long terme. Une rétention hydrosodée chez les femmes sensibles aux œstrogènes pourrait aussi être en cause. Cette hypothèse sera particulièrement d’actualité au cours de la prochaine année, car un nouveau contraceptif nommé Yasmin devrait être mis sur le marché au Canada. Ce produit, possédant des propriétés antiminéralocorticoïdes, aurait la faculté de diminuer la rétention hydrosodée et donnerait une impression (erronée) de perte de poids 1. Ainsi, le gain pondéral associé aux CO est-il réel ? La présente étude tente de répondre à cette question.
Cette étude prospective a été menée auprès d’une cohorte composée uniquement d’adolescentes suivie régulièrement sur une période prolongée. La population étudiée – des étudiantes de race blanche d’une école publique nord-américaine – est comparable à la nôtre. Rappelons toutefois que ces participantes qui ont terminé l’étude selon les règles sont certainement différentes de la population générale.
L’étude présente de nombreux problèmes méthodologiques qui en limitent la valeur. Les auteurs nous présentent certaines caractéristiques des utilisatrices et des non-utilisatrices de CO à 21 ans. Les deux groupes affichent des différences ; en effet, l’IMC est légèrement inférieur chez les utilisatrices de CO et, paradoxalement, elles sont moins actives physiquement. On a tenté de réduire les effets des différences entre les groupes en ajustant pour l’IMC à 12,5 ans et pour le score d’activité physique, mais un biais pour d’autres facteurs non mesurés (les habitudes alimentaires, la consommation de tabac, d’alcool et de drogues, les antécédents familiaux) est possible. Le petit nombre de participantes limite la précision des estimations, mais une faille importante est la forte proportion de femmes perdues de vue (30 % ; 34/112), qui a pu biaiser les résultats. De plus, l’exclusion de huit patientes qui ont cessé rapidement de prendre leur CO – soit 10 % de la cohorte de 78 femmes suivies – est préoccupante. Les raisons de l’arrêt n’ont malheureusement pas été énumérées. Si l’un de ces motifs était la prise de poids, nous nous retrouverions alors devant un biais important.
Une autre limite de cette étude est l’absence de données sur le type de CO. Il est seulement mentionné qu’ils sont prescrits à de faibles dosages ; il aurait été souhaitable de discerner le type de progestatif et le dosage d’œstrogènes spécifique qui étaient utilisés.
Enfin, les résultats sont difficilement interprétables sur le plan clinique. Les courbes de poids et de pourcentage de graisse corporelle sont illustrées, mais les seules autres données disponibles sont les pentes de régression linéaire des variations temporelles. La différence réelle du profil lipidique et de la TA n’est pas décrite.
Cette étude ne nous permet donc pas de statuer sur l’association entre les CO et les facteurs de risque cardiovasculaire chez les adolescentes. Par ailleurs, en dépit du nombre restreint de participantes et des nombreux biais potentiels soulevés, cette étude va dans le même sens que plusieurs autres en ce qui concerne le gain pondéral.
Un essai randomisé mené en Amérique latine chez des femmes âgées de 18 à 28 ans a montré l’absence de gain pondéral lors de la prise de CO 2. Une étude polonaise portant sur 815 patientes dont 18,6 % étaient des adolescentes, arrive aux mêmes conclusions 3. Enfin, une dernière étude randomisée et à double insu avec groupe témoin placebo n’a montré aucune association entre les CO et la prise de poids 4.
Malgré ses lacunes, cette étude nous apporte un nouvel élément d’information, qui est l’absence de changement du pourcentage de graisse corporelle, ce facteur a été peu étudié dans la documentation médicale jusqu’à présent. Par conséquent, compte tenu de l’ensemble des connaissances actuelles, nous pouvons rassurer les adolescentes qui prennent des CO et qu’un possible gain pondéral ou un éventuel changement de leur apparence corporelle inquiète.source: www.fmed.ulaval.ca/mfa-cetp/articles/2003/03_03_19_2.htm
![]()
Je n'accepte plus les courriels qui finissent par un
(.com) sauf ceux qui sont déjà abonnés, trop de pourriels.
Mon logiciel les détruira automatiquement.site créé par: Isabelle