Que sait-on vraiment sur l’efficacité du Ritalin dans les troubles déficitaires de l’attention?

Que sait-on vraiment sur l’efficacité du Ritalin dans les troubles déficitaires de l’attention? Objectif Déterminer l’efficacité du méthylphénidate (Ritalin) sur le comportement d’enfants souffrant d’un trouble déficitaire de l’attention (TDA) ainsi que l’innocuité du produit. Source des données Les banques électroniques MEDline, EMBase, PsychINFO, ERIC, CINAHL, Healthstar, Biological Abstracts, Current Contents, Dissertation Abstracts de 1981 à 1999 et le registre d’essais thérapeutiques de la Librairie Cochrane. Sélection des études Ont été inclus les essais cliniques randomisés comparant le méthylphénidate à courte durée d’action à un placebo pour une population de jeunes de moins de 18 ans avec un diagnostic précis de TDA (avec ou sans hyperactivité) et rapportant l’impact comportemental par des scores notés par les parents et les enseignants. Le TDA a été mieux défini en 1981 par le DSM III, d’où l’exclusion des études antérieures à cette date. Ont aussi été exclus les enfants présentant une comorbidité psychiatrique ou médicale grave, les études « n = 1 » et les études utilisant d’autres stimulants. Deux évaluateurs indépendants ont présélectionné les études à inclure à partir des titres, des résumés et des mots-clés, puis ils ont appliqué les critères d’inclusion et d’exclusion à partir du texte complet, en réglant les désaccords par consensus forcé. La qualité des études a été mesurée par un seul évaluateur à partir du score de validité de Jadad (de 0 à 5) et d’un index de non-divulgation de l’affectation du traitement (adéquat, inadéquat, incertain). Extraction des données Deux chercheurs ont extrait, à l’aide d’une grille standardisée, un ensemble de données sur la population étudiée, la méthodologie des études, les mesures d’efficacité obtenues ainsi que sur les effets secondaires observés. Les auteurs ont vérifié la présence d’hétérogénéité entre les études, en calculant pour chaque étude l’ampleur des effets (effect size) et la possibilité d’un biais de publication. Enfin, tout en tenant compte des variabilités méthodologiques entre les études, ils ont calculé une mesure résumée de l’ampleur des effets. Synthèse des données Sur 487 articles repérés, 62 essais cliniques ont été inclus, représentant 2897 participants (88 % de garçons ; âge moyen : 8,7 ans). La plupart des études étaient de faible qualité (score moyen de Jadad : 2,6/5), utilisaient un devis croisé (83,9 %), étaient courtes (de 10 jours à 12 mois ; moyenne : 3 semaines) et comportaient peu de participants (moyenne : 46,7). Les instruments de mesure clinique employés variaient notablement, ce qui a rendu les comparaisons difficiles. Les indices d’hyperactivité rapportés par les parents et par les enseignants étaient les mesures principales d’efficacité les plus fréquemment rencontrées. Une comorbidité psychiatrique était présente dans plus de la moitié des études. Une grande variété de doses et de schémas posologiques a été employée ; dans 52 études, la médication était donnée une ou deux fois par jour seulement. On note une co-intervention dans 37,3 % des études. Les données combinées des études montrent un effet favorable du méthylphénidate sur l’indice d’hyperactivité rapporté par les enseignants (effect size : 0,78 ; IC à 95 % : 0,64-0,91) ou par les parents (0,54 ; IC à 95 % : 0,4-0,67). Les autres indicateurs confirment généralement cet effet. L’effet le plus grand est montré dans les études au devis de plus faible qualité. Par contre, l’effet demeure statistiquement significatif dans tous les cas. Plusieurs sous-analyses ont été effectuées. Il en ressort, entre autres, que les études plus longues (plus de quatre semaines) montrent un effet moins important, mais que l’effet est maintenu en l’absence de co-intervention. Il y a absence d’hétérogénéité entre les études pour l’ensemble des données étudiées. Par contre, les auteurs retrouvent une relation inverse entre l’ampleur des effets et la précision des résultats, ce qui les amène à conclure à une importante probabilité de biais de publication, c’est-à-dire la non-publication d’études démontrant l’absence d’impact du méthylphénidate. Les études rapportent les mêmes effets secondaires et dans des proportions similaires : inappétence, insomnie, malaises gastriques. Les parents rapportent une diminution sérieuse de l’appétit dans 8,7 % des cas (IC à 95 % : 3,6-13,9). Cela donne un number needed to harm de 4 patients pour toute diminution de l’appétit et de 14 pour une diminution sérieuse de l’appétit. Conclusion La combinaison de ces 62 essais randomisés montre un effet positif rapide et important du méthylphénidate sur le comportement des enfants atteints de TDA comparativement au placebo. Par contre, la force et la validité de ces données sont incertaines du fait des nombreuses limites des études incluses et des calculs possibles par méta-analyse. Cette analyse ne montre pas un maintien de l’effet au-delà de quatre semaines. Ces résultats ne sont probablement pas généralisables à toutes les formes de TDA ou aux filles du fait du manque de données probantes.

L’an dernier, j’ai été invitée à au moins trois présentations sur le trouble déficitaire de l’attention (TDA), même si je compte peu d’enfants parmi ma clientèle. Ces rencontres m’ont incitée à vaincre mes résistances et à prescrire moi-même le méthylphénidate (Ritalin), en m’inscrivant ainsi dans la tendance à la hausse de la prescription de ce psychostimulant. Cette tendance est internationale ; par exemple, en Colombie-Britannique, le taux de nouvelles ordonnances de Ritalin est passé de 1 pour 1000 enfants en 1990 à 4,7 pour 1000 en 1995 1. Pourtant, que puis-je promettre avec certitude aux parents et au prix de quels risques ou effets secondaires ? J’étais bien contente de tomber sur cette méta-analyse pour m’aider à répondre à ma question puisque ce type d’études fait la synthèse des données probantes existantes en évaluant la qualité des études incluses. Les résultats de cette méta-analyse ont nourri mon scepticisme au lieu de me rassurer. Elle rapporte que les études sur les effets comportementaux du Ritalin sont nombreuses et qu’elles montrent rapidement un effet positif de la médication. Elle relève un effet propre de la médication, en dehors de toute co-intervention. Par contre, la qualité de la plupart des études est faible et, surtout, elles sont très courtes, alors que le TDA est un problème persistant, pour lequel le médicament est prescrit à long terme. Par ailleurs, cette synthèse souligne la fréquence élevée d’effets secondaires ; les auteurs n’ont malheureusement pas relevé le taux d’abandon lié à ceux-ci. Cette méta-analyse semble fiable, car elle a été réalisée selon les règles de l’art. La question clinique est pointue, la recherche des études est exhaustive, des critères objectifs ont été employés pour inclure et pour exclure les données, qui ont ensuite été saisies avec attention, après qu’on eut évalué la validité des études originales. Les auteurs ne rapportent cependant pas le taux d’abandons en cours d’étude ni les raisons invoquées. La comparaison des données cliniques est délicate, puisque des instruments de mesures variés ont été employés, mais les auteurs rapportent fidèlement ces données et ils les ont analysées de façon nuancée, sans dépasser dans leur interprétation ce que les données agglomérées permettaient de déduire. C’est d’ailleurs la déception principale qui nous reste : pourquoi autant d’études avec si peu de sujets ? Pourquoi une telle variété d’instruments et une si courte durée ? Le Dr Vitiello répond justement à ces préoccupations dans l’éditorial qui accompagne cette recherche 2. Il insiste que l’effet clinique du méthylphénidate pour réduire les symptômes est bien démontré, atteignant 80 % d’amélioration, contre seulement 15 % par le placebo, ce qui se traduit par un nombre de sujets à traiter (number needed to treat) exceptionnellement bas de 1,5. Il souligne la quasi-impossibilité de maintenir le double insu longtemps puisque les effets bénéfiques ainsi que les effets secondaires de la médication active se démarquent rapidement. De plus, la pression des familles pour traiter est telle que la faisabilité d’une étude prolongée comparant au simple placebo est pauvre. Cet éditorial insiste cependant sur l’absence de données montrant un impact clinique à long terme. Cela rejoint mes questions et celles de nombreux parents : au-delà d’une amélioration à court terme du comportement des enfants traités, ce médicament apporte-t-il une amélioration de l’image de soi de ces enfants et modifie-t-il leur réussite sur les plans scolaire et parascolaire ? Diminue-t-il le taux d’accidents et de comportements antisociaux liés au TDA ? Autant de questions laissées sans réponse par cette méta-analyse. La lecture attentive de cette recherche et des articles complémentaires me porte à garder une attitude prudente lorsqu’on me demandera une première prescription de Ritalin. La comorbidité psychiatrique était présente dans plus de la moitié des études retenues : elle est donc très fréquente et il importe de la reconnaître. L’évaluation d’efficacité repose sur des mesures détaillées et répétées de comportements très précis : il faut donc impliquer parents et éducateurs, utiliser des grilles validées, assurer un suivi serré et ajuster progressivement la dose de médicament en tenant compte des effets secondaires ressentis. Vais-je me lancer seule dans cette aventure ou plutôt orienter les familles en cause vers les équipes multidisciplinaires compétentes ? Par contre, cet article m’aide à mieux expliquer aux parents ce qu’on sait des effets du méthylphénidate, ainsi que les zones grises qui demeurent, comme première étape en vue d’une prescription appropriée et cliniquement justifiée.

source: www.fmed.ulaval.ca/mfa-cetp/articles/2002/02_03_13_2.htm






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